Si l’avantage est toujours pour les femmes en termes d’espérance de vie, pour la première fois depuis longtemps cet indicateur a baissé. La réduction de l’écart d’espérance de vie à la naissance entre hommes et femmes avait été observée dès les années 1970 mais les projections démographiques n’avaient pas identifié que ce retournement interviendrait si rapidement. La santé des femmes se dégraderaient-elles ? Un dossier pour faire le point sur leur santé, leurs spécificités…

L’espérance de vie à la naissance atteint 79 ans pour les hommes et 85,1 ans pour les femmes en 2015 en France métropolitaine.
L’an dernier, cet indicateur a baissé de trois mois et demi pour les hommes comme pour les femmes. Cette diminution est une première en France depuis 1969, même si l’espérance de vie des femmes avait déjà diminué en 2002 et 2012. « Elle résulte notamment
de l’impact des épidémies de grippe » indique le Centre d’observation de la santé, dans une note de janvier 2016.
Toutefois, il faut y voir une tendance forte.
Depuis le milieu des années 1990, les gains obtenus par les femmes sont moins rapides que ceux des hommes, et l’écart entre les sexes se resserre : de 8 ans et trois mois en 1992, il est passé à 6 ans en 2015. Comment expliquer ce phénomène ?

Les modes de vie féminins en cause

Les modes de vie féminins sont de moins en moins différents de ceux des hommes, qu’il s’agisse de durées et de types d’activité professionnelle, de consommation de tabac ou d’alcool.

Le Ministère du Droit des Femmes relevait en 2014 une forte augmentation du tabagisme chez les femmes sur les cinq dernières années, notamment pour les 45-64 ans, avec 7 points de plus pour les 45- 54 ans, et 6 points pour les 55-64 ans. « Près d’une femme sur deux au chômage fume tandis que cette proportion est de près d’une femme en emploi sur trois. »

L’OMS de son côté note que la part des femmes porteuses du VIH a progressivement augmenté depuis le début de l’épidémie pour plusieurs raisons, même si l’incidence chez les femmes reste inférieure à celle observée chez les hommes.
Or ce risque accru d’infection par le VIH s’explique non seulement par des facteurs biologiques, mais aussi par une vulnérabilité socio-économique des femmes : difficultés d’accès à l’information et à la prévention, négociation compliquée de la prévention avec leurs
partenaires. Ces exemples montrent que de très nombreux facteurs jouent.

L’espérance de vie est liée aux conditions de vie, à la pénibilité et à la durée du travail, à l’attention des individus à leur santé et à leur corps en particulier (hygiène, alimentation, etc.). Elle est aussi déterminée par l’accès aux soins, à la qualité des soins, à l’innovation en matière de santé.

Les spécificités féminines

Il existe cependant des caractéristiques sexuelles, qui déterminent des risques biologiques différents, par exemple le cancer de la prostate chez les hommes, le cancer des ovaires ou de l’utérus chez les femmes. De même, si les hommes peuvent mourir d’une tumeur maligne du sein (200 cas environ par an), ce cancer reste… féminin. Les complications liées à la grossesse et à l’accouchement représentent un risque spécifique pour les femmes. On explique également souvent par des caractéristiques féminines la prévalence de la dépression chez les femmes : elles sont deux fois plus touchées par les pathologies mentales (dépression, anxiété) que les hommes.
Parmi les 15-75 ans, les femmes s’avèrent près de deux fois plus nombreuses que les hommes à recourir aux médicaments psychotropes. Une consommation qui s’intensifie avec l’âge… Ainsi, 34,4 % des retraitées consomment des psychotropes contre 13,8 % de retraités (Drees 2010). Ce sont principalement les femmes qui exercent des professions intermédiaires qui font usage de  psychotropes alors que pour le tabac, on retrouve les fumeuses principalement parmi les ouvrières.
Le plan national de lutte contre les drogues et les conduites addictives (2013-2017) vise d’ailleurs à renforcer la prévention des addictions en particulier des risques liés à l’alcool et au tabac, dont les consommations se développent plus rapidement chez les femmes.

Mais il faut relever que la santé des femmes est surtout envisagée à travers des questions intrinsèquement “féminines” : accouchement, IVG, menstruation, contraception, fertilisation in vitro et technologies de la reproduction humaine, ménopause et hormones, hystérie, anorexie…Au détriment d’une approche plus globale.

Inégalités sociales et inégalités de santé

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental, social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition de l’OMS englobe la santé physique et mentale mais aussi le rapport de l’individu à son environnement social. La santé peut ainsi être considérée comme la résultante des conditions socio-économiques, socioculturelles et  socio-démographiques.

Didier Fassin, anthropologue, sociologue et médecin, estime que « face à la maladie et à la mort, les hommes sont inégaux. Non  seulement en raison de différences génétiquement transmises, mais surtout à cause des conditions d’existence et des modes de vie qui influent sur l’état de santé et leurs possibilités de se soigner.» Ainsi, malgré l’avantage des femmes sur les hommes en termes d’espérance de vie, et malgré une incontestable d’égalisation entre les deux sexes, des inégalités persistent dans la plupart des domaines de la vie : dans la sphère professionnelle, au sein du couple et de la famille, dans l’espace public.

Si les femmes sont diagnostiquées comme dépressives nettement plus souvent que les hommes, cette inégalité face à la dépression est due en partie à des situations économiques et sociales plus précaires qui les exposent davantage aux troubles dépressifs dans la sphère privée (par exemple les mères de famille monoparentale) ou professionnelle (emplois peu qualifiés, temps partiels subis, chômage).
La Haute autorité de santé (HAS) indique de 55 % des bénéficiaires de la CMU sont des femmes et 16,5 % des femmes renoncent à des soins contre 11,7 % chez les hommes. « Très peu d’études reconnaissent les conditions de vie et de travail des femmes, ce qui conduit à une invisibilisation des risques spécifiques pour leur santé » explique Anne-Sophie Cousteaux, sociologue de la santé et auteur d’une thèse “Le masculin et le féminin au prisme de la santé et ses inégalités sociales” (Sciences Po – 2011). « L’exemple des maladies cardiovasculaires est particulièrement révélateur de ce biais : ces maladies continuent d’être perçues – par les professionnels de santé, par les chercheurs, par les individus – comme un problème de santé masculin, alors même qu’elles sont la première cause de décès chez les femmes dans les pays industrialisés. ». Ces maladies, AVC et infarctus en tête, tuent 7 fois plus que le cancer du sein. Pourquoi ce différentiel entre perception et réalité ?

Le paradoxe féminin

Paradoxalement, les femmes se déclarent-elles être en plus mauvaise santé que les hommes alors qu’elles vivent en moyenne plus longtemps qu’eux. Non moins  paradoxalement, les inégalités de santé sont plus fréquemment dénoncées chez les hommes, par exemple entre un cadre et un ouvrier, que chez les femmes. Pourtant nombre de femmes vivent des situations professionnelles, familiales, sociales plus désavantagées.

Pour Anne-Sophie Cousteaux, « il faut prendre en compte un rapport au corps féminin socialement construit qui autorise les femmes à se soucier de leur état de santé. De plus, la répartition inégalitaire des tâches domestiques, qui se maintient chez les personnes âgées, fonctionne comme un révélateur d’incapacités chez les femmes. » Ainsi, d’un point de vue subjectif, si les femmes se perçoivent en plus mauvaise santé que les hommes, ce n’est pas en raison d’un plus grand pessimisme.
C’est surtout parce qu’elles ont davantage conscience de leurs limitations fonctionnelles et parce qu’elles ont moins de réticences à déclarer leurs maladies que les hommes. Il faut donc considérer la part d’intériorisation de valeurs et de normes genrées dans les déclarations sur le risque suicidaire, la dépression et la dépendance alcoolique. Il est plus acceptable socialement pour une femme d’exprimer un mal être psychologique que pour un homme… Il en résulte une plus grande attention à leur santé. « Si les femmes se déclarent en moins bonne santé que les hommes, c’est qu’elles consultent davantage » explique le Professeur Jean-Marie Robine,
chercheur à l’INED, démographe et spécialiste des questions du vieillissement et du “bien vieillir” : « elles ont une vraie connaissance de la santé »…

 

Source : Bonne Santé Mutualiste n° 73 – Avril-mai 2016

LES AVANTAGES BIOLOGIQUES DES FEMMES SUR LES HOMMES

Les chercheurs s’accordent à reconnaître un avantage biologique féminin, qui s’observe dans les pays industrialisés par exemple à travers la surmortalité masculine lors de la première année de la vie. Un avantage qui se poursuit jusqu’à la ménopause: le corps  reproducteur féminin est davantage capable de faire des réserves alimentaires et les hormones sexuelles féminines auraient un effet protecteur contre les maladies de l’appareil circulatoire, notamment…
Mais parallèlement à la plus grande robustesse biologique du « sexe faible », la longévité féminine s’explique par un recours aux soins plus  fréquent et par une moindre propension aux comportements à risque…

LES FEMMES PLUS EXPOSÉES À LA DÉPENDANCE

En raison même de leur longévité, les femmes sont davantage exposées aux âges élevés au risque d’incapacité, de dépendance, de pathologies du vieillissement que les hommes.
Si les hommes sont majoritaires dans les placements en institution jusqu’à 65 ans, les femmes représentent les deux tiers des personnes vivant en institution à 75 ans.
À partir de 85 ans, la part des femmes est même supérieure à 80 %. Les femmes vivent avec limitation d’activités et/ou incapacités en moyenne 21,2 ans, contre 16,1 ans pour les hommes. Trois fois plus de femmes que d’hommes sont atteintes par la maladie d’Alzheimer, selon l’enquête PAQUID de l’Inserm.

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COMBIEN DE TEMPS VIT-ON EN MOYENNE SI L’ON EST...

Bretonne : 85 ans
Guadeloupéenne : 83,4 ans
Martiniquaise : 83,9 ans
Guyanaise : 83,1 ans
Auvergnate : 85,3 ans
Savoyarde : 86,4 ans
Drômoise : 85,3 ans
Landaise : 85 ans

Espérance de vie à la naissance

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DOM-TOM

17,6 pour 100 000

c’est le taux de mortalité du cancer du sein en France Métropolitaine.
Dans les DOM TOM (hors Mayotte car chiffres non disponibles) ce chiffre descend à 14,2 pour 100,000

-2 ANS

C’est la différence d’espérance de vie d’une femme antillaise par rapport à une métropolitaine

7,4%

des femmes en Martinique sont atteintes par  le diabète contre 8,1 % en Guadeloupe et 7,3 % en Guyane

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