Le pourcentage d’allergiques a doublé en 15 ans dans les pays occidentaux, alors que ce chiffre atteignait à peine 5% au début des années 70. Les allergologues tirent la sonnette d’alarme sur l’amplification exponentielle de l’allergie. En cause, nos modes de vie.

C’est un reportage diffusé sur Arte et réalisé par la journaliste italienne Patrizia Marani, elle-même allergique, qui
est à l’origine de la polémique. Patrizia Marani est partie à la rencontre de chercheurs et de scientifiques pour tenter d’expliquer la recrudescence des cas d’allergie dans le monde. Près d’une personne sur trois est aujourd’hui touchée et c’est un nombre qui risque d’aller en s’augmentant : l’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’il sera d’une personne sur deux d’ici 2050. Il faut toutefois relativiser ces données, car peu d’allergiques se faisaient diagnostiquer il y a quelques années. L’augmentation des allergies s’explique donc d’abord par une hausse des consultations.

Un fléau dans l’air du temps

Mais cela ne saurait suffire à expliquer le phénomène. Au fil de son enquête, la journaliste Patrizia Marani réfute la théorie classique selon laquelle les allergies seraient dues à un dérèglement naturel du système immunitaire. On les expliquait jusqu’alors par une réaction hyper sensible à des virus normalement inoffensifs : « L’allergie, c’est une réponse inappropriée et excessive du système immunitaire lorsque l’organisme est mis en contact avec une substance étrangère identifiée à tort comme dangereuse » explique Denise-Anne Moneret-Vautrin, professeur à la faculté de médecine de l’université Henri-Poincaré de Nancy.
Ces allergies sont en fait loin d’être anodines. L’étude de Patrizia Marani met en cause la responsabilité de l’industrie : effets dévastateurs des pesticides, surprotection des antibiotiques, surdosage médicamenteux… Les laboratoires pharmaceutiques et les firmes agro-alimentaires sont les premiers à être pointés du doigt. Les défenses immunitaires du corps humain, bien qu’entraînées à résister aux pires épidémies, sont peu à peu affaiblies par ces substances chimiques encore inconnues au bataillon.

L’importance de l’environnement

En cause également, les produits ménagers et leurs vapeurs toxiques. Certains intérieurs deviennent de vrais nids à microbes, acariens ou moisissures lorsqu’ils sont sur-nettoyés et mal ventilés.

Un environnement sain et aéré permet déjà d’éliminer les allergènes, tout comme l’utilisation de produits ménagers moins chimiques (vinaigre blanc, bicarbonate). Car la qualité de l’air influe beaucoup sur nos allergies. Les personnes vivant dans de grandes villes y sont d’ailleurs plus sujettes, notamment à cause de la pollution atmosphérique. Celle-ci aggrave l’irritation des muqueuses et abaisse le seuil de réactivité allergique.
Patrizia Marani, dans ce documentaire percutant, souligne enfin les effets catalyseurs d’une mauvaise alimentation. Elle recommande de manger des produits issus de l’agriculture biologique, pour éviter d’ingérer les pesticides et engrais absorbés par les sols. Dans les pays industrialisés, les allergies alimentaires affecteraient 10% des adultes et 10 à 25 % des enfants, plus exposés puisque leur système immunitaire n’est pas encore bien constitué. Reste que les allergies sont souvent banalisées, et trop peu soignées.
L’OMS les classe pourtant au 4e rang des maladies chroniques dans le monde : les allergies, nouveau mal du siècle.

Source : Bonne Santé Mutualiste n°70, juillet 2015

 

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