En octobre 2019, pour la 26e année consécutive en France, la campagne de lutte contre le cancer du sein insistera une fois de plus sur l’absolue nécessité de dépister plus de femmes, plus tôt.
Car malgré les avancées de la médecine et le dépistage organisé pour les femmes de plus de 50 ans, le cancer du sein reste le plus fréquent et le plus meurtrier. Pourquoi ?

Selon un rapport de Santé publique France et de l’Institut National du Cancer, publié fin avril et portant sur la période 2009-2012, six cancers du sein sur dix sont diagnostiqués à un stade précoce. Trois sur dix sont découverts à un stade intermédiaire, avec la présence de ganglions. Et un sur dix est dépisté à un stade avancé, alors que la maladie a déjà entraîné la diffusion de métastases. Ces chiffres sont donc moyennement glorieux.
Une grande proportion des cancers diagnostiqués “à un stade précoce” l’est chez les 40-74 ans. Les 50-74 ans étant la cible de programmes de dépistages organisés pour les cancers colorectaux et du sein, deux-tiers des cancers du sein sont diagnostiqués précocement parmi cette tranche d’âge. Avant, chez les moins de 50 ans, 59 % sont diagnostiqués assez tôt, pour tomber à 42% chez les plus de 74 ans.

Peurs et inégalités sociales en cause

Le taux de participation des femmes au dépistage organisé à partir de 50 ans – qui donnerait toute son efficacité avec 80 % de participation – ne dépasse pas les 50 %. Certes, en parallèle, 10 à 15 % des femmes font un dépistage individuel (données INCa). Pour celles qui ne font aucun examen, les freins évoqués sont la peur d’avoir mal, la gêne, le risque de dépister effectivement un cancer. Mais les freins sont aussi matériels, en lien avec la distance à parcourir jusqu’à un centre de radiothérapie. 35 % des femmes qui ne  bénéficient d’aucun dépistage appartiennent aux catégories sociales les plus défavorisées.
En région, le “mammobile” circule pour atteindre les femmes en situation précaire, analphabètes ou étrangères, qui ont peu accès aux soins, ne maîtrisent pas ou peu le français et vivent dans des contextes difficiles.

Octobre Rose, organisé par l’Association “Le Cancer du Sein, Parlons-en !” s’appuie sur le maillage associatif, dans le prolongement des campagnes générales de l’INCa, avec des soutiens divers, et notamment celui des mutuelles, fortement engagées sur le sujet, pour tenter de s’adresser à toutes, et partout, malgré les disparités géographiques, sociales, générationnelles.

Une augmentation de l’incidence chez les 30-49 ans.

Mais au-delà de la question du dépistage, des données récentes assombrissent un peu plus le tableau. Entre 1980 et 2012, le nombre de nouveaux cas de cancer s’est largement accru. En effet, selon les données de l’Institut National du Cancer (INCa), sur 33 types de cancer, 21 voient leur nombre de personnes atteintes augmenter nettement. En parallèle, en raison de l’amélioration des traitements, la mortalité moyenne a baissé de 34% sur ces 25 dernières années. Mais l’analyse des données révèle une augmentation importante de certains cancers chez des patients jeunes et en particulier le cancer du sein : si l’incidence globale diminue depuis 2005, elle augmente de façon importante chez les 30-39 ans et les 40-49 ans. Or cette population n’est pas concernée par le dépistage organisé.
On peut donc se poser la question d’une extension du dépistage… Dans une étude publiée en mars 2018, les chercheurs de la Medical University of South Caroline ont constaté que la proportion de cancers diagnostiqués suite à une mammographie est similaire entre le groupe 40-49 ans et 50-59 ans : elle est respectivement de 0,5 % et de 0,7 %. Le pourcentage de taux de rappels, c’est-à-dire quand le médecin demande à la femme de revenir pour un nouvel examen, est supérieur chez les jeunes femmes : 17% des 40-49 ans contre  2,5 % chez les 50-59 ans.

Des causes multiples qui appellent une réponse globale, sociétale

Les chercheurs expliquent l’augmentation de l’incidence du cancer du sein chez les moins de 50 ans par différents facteurs.

Hormonal : car les femmes ont leurs règles plus tôt mais leur première grossesse plus tard, ce qui augmente l’imprégnation œstrogénique qui elle-même augmente le risque de cancer.
Culturel : les jeunes femmes allaitent moins ou moins longtemps.
Social aussi : le travail de nuit ou en horaire décalé et le dérèglement des rythmes circadiens que cela provoque est une facteur de risque.
L’alimentation, la tabagisme chez les femmes, les comportements sédentaires s’ajoutent aux causes. Reste la question des  perturbateurs endocriniens. En 2012, Stefano Mandriota, directeur de recherche en cancérogenèse du sein à Genève, a établi que l’aluminium, à des doses plusieurs fois inférieures à celles contenues dans les déodorants, altère et transforme, in vitro, les cellules mammaires humaines.
Dix ans après la commercialisation des déodorants, on observe que les cancers du sein augmentent dans les pays industrialisés
Des doses importantes d’aluminium sont retrouvées dans les glandes mammaires des utilisatrices… La survenue d’un cancer étant multifactorielle, la lutte contre le cancer du sein n’est pas qu’une question de santé. Et si  Octobre Rose, cette année, visait à convaincre la sphère politique d’aller au-delà des campagnes de dépistage ?

En savoir plus : www.cancerdusein.org

EN CHIFFRES
• 59 000 cancers du sein dépistés chaque année en France
• 12 000 décès par an
• 1 femme sur 8 risque de développer un cancer du sein
• 67 % des cancers sont diagnostiqués précocement chez les 50-74 ans
• 59 % des cancers sont diagnostiqués précocement chez les moins de 50 ans
• 42 % des cancers sont diagnostiqués précocement chez les plus de 74 ans

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